Pour un francophone, les langues qui demandent sans doute le plus de temps sont le mandarin, le cantonais, le japonais, le coréen et l'arabe : elles cumulent une écriture non latine, des sons absents du français et l'absence quasi totale de mots apparentés à s'appuyer dessus. Ce n'est pas un jugement sur la beauté ou l'intérêt de ces langues, seulement sur le temps qu'il faut, en moyenne, pour y devenir autonome.
À retenir
- Mandarin, cantonais, japonais, coréen et arabe demandent le plus de temps : écriture non latine, sons nouveaux et presque aucun mot apparenté.
- Le classement FSI place ces langues dans la catégorie la plus longue, 2 200 heures pour des anglophones ; ce n'est pas une estimation pour vous.
- Sans racines communes, chaque mot s'apprend pour lui-même : ces langues restent accessibles, mais le vocabulaire y demande plus de temps.
Ce qui rend une langue difficile
La difficulté d'une langue ne se mesure pas dans l'absolu : elle dépend de la distance avec les langues que l'on connaît déjà. Pour un francophone, cette distance se joue sur quatre points. L'écriture d'abord : un alphabet latin, même modifié, se lit en quelques heures, tandis que des milliers de sinogrammes ou un syllabaire inédit demandent des mois avant de devenir fluides. Les sons ensuite : un francophone n'a jamais eu à distinguer des tons qui changent le sens d'une syllabe, ni certaines consonnes de l'arabe qui n'ont pas d'équivalent proche. La grammaire aussi : des particules, des niveaux de politesse ou un ordre des mots très différent du français demandent d'apprendre à penser autrement, pas seulement à traduire mot à mot. Et enfin les mots apparentés : le français partage avec l'espagnol ou l'italien des centaines de racines latines communes, ce qui n'existe presque pas avec le mandarin ou le japonais.
Le classement FSI, et ce qu'il dit (ou non) pour un francophone
La référence la plus citée sur le sujet est le classement du Foreign Service Institute (FSI), l'institut qui forme les diplomates américains. Il range les langues en quatre catégories selon le temps de cours qu'il faut, en général, à un anglophone pour atteindre un niveau professionnel : la catégorie I (espagnol, italien, néerlandais, et le français lui-même) demande 24 à 30 semaines, soit 552 à 690 heures de cours ; la catégorie II (allemand, indonésien) environ 828 heures ; la catégorie III (russe, grec, hindi, turc) environ 1 012 heures ; la catégorie IV, la plus longue, 2 200 heures, et regroupe le mandarin, le cantonais, le japonais, le coréen et l'arabe. Ces heures valent pour des anglophones en formation intensive : il n'existe pas de chiffrage équivalent pour les francophones, et il ne faut pas les lire comme une estimation pour vous. Ce que l'on peut en retenir, c'est l'ordre des langues : ce qui éloigne le mandarin ou le japonais de l'anglais (l'écriture, les tons, l'absence de mots apparentés) les éloigne tout autant du français.
Les langues de la catégorie la plus longue
Le mandarin et le cantonais s'écrivent en sinogrammes, sans alphabet, et se prononcent avec des tons qui changent le sens d'une même syllabe : mā (la mère), má (le chanvre), mǎ (le cheval) et mà (gronder) ne diffèrent que par la mélodie. Le japonais combine trois systèmes d'écriture dans la même phrase, les hiragana, les katakana et des milliers de kanji empruntés au chinois, et ajoute des niveaux de politesse qui changent la conjugaison selon la personne à qui l'on parle. Le coréen s'écrit avec le hangeul, un alphabet très régulier, conçu pour être appris vite, mais sa grammaire agglutinante et ses niveaux de politesse demandent malgré tout un long apprentissage. L'arabe s'écrit de droite à gauche, sans voyelles courtes à l'écrit dans la plupart des textes, et distingue à l'oral des consonnes qui n'existent pas en français.
Ce que cela change pour le vocabulaire
Dans une langue romane comme l'espagnol ou l'italien, un francophone reconnaît une partie du vocabulaire dès la première rencontre, grâce aux racines latines communes. Dans le mandarin, le japonais, le coréen ou l'arabe, ce raccourci n'existe presque jamais : chaque mot doit être appris pour lui-même, sans indice à deviner à partir du français. Cela ne rend pas ces langues inapprenables, cela change seulement la méthode : la grammaire peut s'apprendre par des règles, mais le vocabulaire d'une langue sans mots apparentés se construit uniquement par des rencontres répétées avec chaque mot, espacées dans le temps, jusqu'à ce qu'il se fixe.
Pour une langue précise, notre calculateur estime le temps nécessaire selon votre rythme et les langues que vous parlez déjà.

Watch Your Language couvre le mandarin, le japonais, le coréen et l'arabe parmi ses 28 langues, et fait justement revenir un mot plusieurs fois sur l'écran verrouillé de l'iPhone et sur l'Apple Watch, au rythme d'une répétition espacée, sans qu'il faille ouvrir une application ni se souvenir de réviser.
Une langue plus proche, pour comparer
À l'autre bout de l'échelle, l'espagnol et l'italien partagent avec le français la plupart de leurs racines, et un francophone y reconnaît beaucoup de mots dès le départ ; nous détaillons ce cas dans notre article sur la langue la plus facile à apprendre pour un francophone. Entre les deux, le choix d'une langue à apprendre gagne à tenir compte de cette distance réelle : elle ne doit pas décourager d'apprendre le mandarin ou le japonais si c'est ce qui motive, seulement prévenir qu'il faudra, plus que pour l'espagnol, revoir chaque mot plusieurs fois avant qu'il ne devienne automatique. Pour une langue sans mots apparentés, la répétition compte plus que tout : c'est le critère à regarder en priorité dans notre comparatif des applications de vocabulaire.